Transhumanisme : génie ou folie – Aline

Transhumanisme : génie ou folie ?

Le transhumanisme, ou cette idée d’un humain technologiquement amélioré, se répand de plus en plus. Les militaires ou de grosses entreprises comme Google  investissent massivement dans la recherche dans cette direction, or la problématique reste étrangement absente du débat public. Pourtant c’est du statut même de l’être humain dont il est question : jusqu’à quel point peut-on modifier un homme par des prothèses mécaniques, des implants électroniques, des modifications génétiques ? Et qu’en est-il des « intelligences artificielles » qui progressent toujours d’avantage vers plus d’humanité ?

C’est pour mettre au jour ce questionnement que nous avons interrogé Pierre Popoff, étudiant en médecine à l’ULB.

Quand avez-vous entendu parler pour la première fois de transhumanisme ?

Ça a été la conjonction de deux événements : le cours de médecine d’amélioration et les Jeux Olympiques de 2012 avec Oscar Pistorius. Le débat qui a surgi sur les résultats de Pistorius a alimenté le cours de médecine d’amélioration.

Qu’est-ce au juste que ce cours de « médecine d’amélioration » ?

C’est un cours qui analyse la situation actuelle et les recherches du secteur de la santé en fonction de deux visions : celles des transhumanistes et celles des conservateurs. Les conservateurs sont ceux contre cette notion d’amélioration. Ils veulent tout conserver, ils ne veulent pas qu’on touche à l’homme. Au milieu, on trouve les libéraux qui sont en faveur d’améliorations mais sans exagération. Et il y a les néo-transhumanistes qui veulent tout améliorer. Ils sont, pour leur part, en faveur de toutes les modifications que les avancées technologiques d’accroissement des capacités permettent et permettront.

Pourriez-vous nous définir le transhumanisme ?

Le transhumanisme est ce courant qui prône une médecine de modification, d’amélioration. Il est donc question de modifications musculaires, neurologiques ou hormonales qui entraineraient des augmentations de performances ou qui éviteraient certains défauts (par exemple : être plus concentré, plus performant, courir plus vite,…). Cela passerait aussi bien par le biais de médicaments que d’opérations chirurgicales. En médicament, on a déjà la Rilatine, et comme opération répandue, il est déjà courant pour les pianistes de se faire retirer des muscles interosseux de la main pour faire de meilleure performance sur le clavier.

Génie ou folie ?

Pas de la folie, rien n’est fou. Un érudit qui cherche à s’améliorer dans son domaine, ce serait plutôt une certaine forme de génie. Mais la question c’est surtout est-ce que cela est vraiment utile ? Je ne suis pas persuadé qu’il faut prolonger la durée de vie. A la place des chercheurs, je m’axerais surtout sur les soins. Il faut en priorité s’intéresser aux pathologies plutôt qu’aux personnes saines qui veulent accroitre leurs capacités. Rappelons-le à la base de la médecine il y a le serment d’Hippocrate. Le but de la médecine est de comprendre comment notre corps fonctionne pour pouvoir le traiter. Jamais il n’avait été question d’optimiser ses capacités. Tenter d’améliorer le corps, et encore plus le cerveau, nous expose à une zone d’effets secondaires critique. Reprenons l’exemple du pianiste qui s’est fait enlever un muscle, il bouge peut-être plus facilement ses doigts, mais qu’a-t-il perdu en force ? Son geste va à l’encontre de principes évolutifs de plusieurs millions d’années.

Cela ne va-t-il pas rendre la frontière entre machine et humain plus floue ?

Peut-être. Changer la mécanique, comme on le fait depuis plusieurs années, n’est pas un problème. Des questions se posent quand on touche au système nerveux et hormonal. Manipuler les hormones va très vite avoir des répercussions sur le système nerveux central, répercussions qui ne seront pas totalement gérables.

 

Transhumanisme : génie ou folie ?

A l’heure où Google réfléchit à une puce électronique directement implantée dans le cerveau qui permettrait de nous relier à son moteur de recherche, où les militaires à l’aide d’exosquelettes peuvent porter sans problèmes des charges de 80 à 90 kilos pendant toute une journée, il est intéressant de s’intéresser à cette notion de transhumanisme. Le transhumanisme est, selon un étudiant en médecine de l’ULB, cette vision d’une médecine dite « d’amélioration ». Les améliorations, tant chirurgicales que médicamenteuses, auraient pour but de rendre l’humain plus résistant aux maladies et aux problèmes génétiques, mais aussi d’accroître ses performances physiques et intellectuelles.

Cela semble assez abstrait. Pourtant, certaines de ces « améliorations » font déjà partie de notre quotidien. Pierre Popoff, futur médecin, nous en donne des exemples. « Les prothèses de jambes sont de plus en plus fiables et bien adaptées. Ces jambes de substitutions sont même tellement performantes que suite à la participation d’Oscar Pistorius aux Jeux Olympiques de 2012 on s’est demandé si les prothèses de course ne constituaient pas un avantage pour l’athlète. » Mais plus proche encore de nous sur le plan des médicaments on trouve la ritaline, cette petite pilule qu’on donne de plus en plus facilement aux enfants « souffrants de trouble de l’attention et d’hyperactivité ». Pourtant, quand on lit la liste des effets secondaires, on n’a vraiment pas l’impression de toucher à quelque chose de  très recommandable.

Il est donc bien temps de se questionner sur les conséquences de toutes ces modifications. « Je n’aime pas l’idée que ça augmente l’espérance de vie. Pour les soins ça va. C’est la médecine traditionnelle. Mais remplacer tout son corps par un pur artifice, je ne suis pas d’accord. », nous livre l’étudiant. En rejetant ainsi la prolongation de la vie, Pierre Popoff met le doigt sur le futur point d’achoppement : la place de chacun dans la société. Une augmentation de l’espérance de vie nous obligera à revoir le fonctionnement de la société, or tout le monde n’y est pas encore prêt. Qu’en sera-t-il également de l’accès à cette médecine/ces services « d’amélioration » ? La crainte actuelle est que cela crée deux catégories d’individus : les surhommes et les hommes normaux. Les premiers, surtout issus d’une classe plus riches, qui écraseront les seconds de leur supériorité non plus seulement pécuniaire et humaine, mais aussi physiques et technologique.

Pour Pierre Popoff, « les principes moraux et l’éthique nous empêcheront d’aller trop loin. Les mentalités n’évoluent pas si rapidement que cela. Nous ne sommes pas encore prêts à nous faire implanter des puces électroniques sous la peau. » Comme preuve de ce qu’il avance, il nous parle de la rareté des volontaires sains pour les recherches scientifiques expérimentales. Pourtant, les puces sont déjà répandues chez nos animaux de compagnies ; pourtant, il existe déjà des cliniques aux Etats-Unis où on peut choisir le sexe et certaines caractéristiques physiques de notre futur enfant. Peut-on vraiment faire confiance à l’homme pour son avenir ?

La littérature, qui abonde d’histoires de science-fiction, ne semble pas très optimiste. « Le meilleur des mondes » d’Aldous Huxley n’est qu’un exemple parmi d’autres. Mais un exemple très intéressant quand on considère la famille de l’auteur : son grand-père, Thomas Henry Huxley est l’un des plus grands naturalistes du 19e à la suite de Darwin et son frère, Julian Huxley est un brillant biologiste et un fervent transhumaniste. Le futur possible dessiné par cet écrivain n’en deviendrait-il pas plus plausible ? S’il n’est pas encore temps de s’inquiéter, il est toutefois l’heure de s’interroger et de s’informer : de quel humain voulons-nous ?

(pour aller plus loin : voir cyber documentaire infrarouge un humain presque parfait, accessible sur youtube).

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