Reine Elisabeth | Prestation solide pour la Belge Sylvia Huang

Seule Belge en lice à la session violon du Concours Reine Elisabeth, Sylvia Huang se produisait dans Bach, Paganini et Beethoven ce lundi soir, à Flagey. Une musicienne déjà chevronnée qui nous a livré ses impressions.

Assise parmi les cordes de l’Orchestre National qu’elle avait rejointes en 2012, Sylvia Huang avait eu tout le loisir d’observer le parcours du combattant d’un candidat au Concours Reine Elisabeth. Au point qu’à voir Boris Giltburg, le lauréat de 2013, suer sang et eau à côté d’elle, elle s’était juré qu’elle n’entrerait jamais dans cette galère… Et pourtant, la voilà lundi soir sur la scène de Flagey, seule candidate à défendre les couleurs de la Belgique à la session violon 2019.

« Et pourquoi pas! », lâche-t-elle, rieuse, juste après sa prestation qui révélait une musicienne solide, doublée d’un sacré tempérament. C’est patent d’entrée de jeu, tirant dès la première sonate de Bach un son franc de son Landolfi de 1751 et imposant un coup d’archet tonique qui se joue habilement des chausse-trappes d’un programme destiné à séparer « le bon grain de l’ivraie ». Bach pour la polyphonie, Paganini pour la technique et Beethoven pour la construction et le jeu d’ensemble. C’est d’ailleurs ce dernier exercice qui révèle pleinement la musicienne et sa déjà grande expérience de la scène.

Concertgebouw d’Amsterdam

Après l’ONB, elle a en effet rejoint en 2014 l’orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam, l’une des grandes phalanges européennes, en tant que premier violon, et constitué avec trois de ses membres le Quatuor GoYa. C’est aussi l’un de ses nouveaux collègues, le violoniste roumain Liviu Prunaru, 2e lauréat du Reine Elisabeth 1993, qui la forme au concours.

Parfois une peu brute de décoffrage dans le Bach et le Paganini de cette première épreuve, Sylvia Huang n’en revendique pas moins une nature portée à la rêverie et à l’introspection. Elle défendra d’ailleurs les couleurs de Debussy et Janáček si elle a le bonheur de passer en demi-finale, la semaine prochaine. Elle aime aussi que le choses se fassent naturellement comme son père, le violoniste chinois Ching Huang, le lui a enseigné dès qu’elle a eu trois ans, et comme elle l’a vécu chez elle, à Montigny-le-Tilleul, près de Charleroi, dans une famille de cordes sensibles – sa mère et sa sœur sont violoncellistes.

Un challenge supplémentaire dans une compétition longue et exigeante, où la comparaison parfois fait mal. Que dire en effet après le grave et la fugue de la « 2e Sonate » de Bach, jouée quelques minutes plus tôt par la Française Anna Göckel, 27 ans? Brandissant un archet baroque (une première au Concours, de mémoire de critique), elle révélait d’emblée une élégance, une pureté sonore et un lyrisme désarmant qui firent jaillir l’émotion en touchant au cœur la spiritualité de Bach.

 

Il faut savoir oublier le concours et ce n’est pas la moindre de ses épreuves, même quand on joue à domicile.

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