Emmanuelle – Mes vizinhos*

Ana et Paulo sont nos voisins à la maison au Portugal. Pour eux aussi c’est une résidence secondaire. Il est grand et se tient très droit. Il fait son jogging le matin et joue au golf. Elle a toujours des cheveux superbes et un maquillage qui met en valeurs ses yeux verts et son bronzage.

Elle a appris à faire des macarons toute seule. Elle en fait pour les anniversaires de leurs 2 fils. Elle a un livre énorme de Pierre Hermé seulement sur les macarons. Quand nous nous apercevons, nous passons régulièrement une heure à parler chocolat et pâtisseries par-dessus la barrière qui sépare nos deux jardins. Ses macarons au chocolat sont meilleurs que ceux de bien des professionnels.

Parfois elle se dit qu’ils devraient prendre des postes à l’étranger pour l’ouverture d’esprit de leurs enfants. En tous les cas, il lui semble indispensable qu’ils étudient à l’étranger.

Tous les deux parlent fort.

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O Gonçalo e a Conceição sont mes voisins du premier à la Madragoa, à Lisbonne. Gonçalo s’occupe de vider ma boîte aux lettres en mon absence. La dernière fois que l’on s’est vus, il m’a dit : « Vous ne recevez jamais de courrier, vous n’avez donc pas de dettes ?!! » de son rire immobile d’octogénère. « Je gère tout par email, » lui ai-je expliqué. Il était vendeur d’automobiles. Il a un crâne chauve, rond et doré, dont je vois toujours le dessus quand on fait la conversation.

Conceição m’appelle « minha Querida », ou bien « Filha » avec le large sourire de son dentier régulier. Parfois quand je monte les escaliers, elle ouvre la porte. « C’est moi que vous attendiez ? » je demande. « Non, je croyais que c’était mon mari. Il est allé au supermarché. Il marche lentement, le pauvre. » Attendre son époux et, quand il arrive, lui ouvrir la porte. Je trouve ça tellement mignon. Ils se taquinent beaucoup.

D’autres voisins m’ont dit qu’ils se disputent souvent. Elle lui crie dessus, alors il sort et va faire un tour dans le quartier.

Leur fils est à leur charge. Il est sans emploi depuis 7 ans.

Nos voisins de palier à Bruxelles sont un couple d’Italiens. L’hiver elle porte un chapeau de feutre rond avec un ruban. En semaine ils sortent vers 8h45 et rentrent tard le soir. Je le vois à travers le judas, sortir de l’ascenseur avec sa mallette de cuir noir.

Le samedi ils sortent vers 5h00 du matin. Un taxi les attend devant l’immeuble. Ils rentrent tard le dimanche soir. Je crois qu’ils vont en Italie du Nord où vivent encore leurs deux mamans, malades. L’une d’entre elle a été ici quelques semaines. Désorientée, elle sonnait à notre porte et me racontait des choses en italien. Un jour après une de ses incursions et pensant qu’elle voulait faire connaissance, j’ai sonné à mon tour pour lui offrir quelques oreillettes provençales que mes parents m’avaient envoyées. C’est là que son fils m’a dit qu’elle souffrait d’Alzheimer, en s’excusant plusieurs fois. Je n’ai pas bien compris de quoi. Il semble qu’elle me prenait pour sa fille.

Quand par hasard le matin nous prenons l’ascenseur ensemble, il nous dit toujours : « Vous vous plaisez ? La vue est magnifique, n’est-ce pas ? »

Nous aussi, on adore la vue.

*Os meus voisins
NB: Les prénoms ont été changés…

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