Mathilde – « Le métier de la neige », 13 nouvelles de Michel Lambert

Le dernier recueil de Michel Lale métier de la neigembert, paru chez Pierre Guillaume de Roux, nous livre des nouvelles du ciel.

 

Le métier de la neige, c’est de tomber. Dans les nouvelles de Michel Lambert, ce sont les hommes qui tombent. On plutôt, ce sont des hommes tombés qui se retournent sur leurs passés jugés glorieux. L’étaient-ils vraiment ? Ou la gloire ne s’acquière-t-elle que lorsqu’elle est perdue ? Des pertes, ils en ont subi, les hommes des nouvelles de Michel Lambert : celle d’une fille, d’une condition, ou d’une vision du monde, de l’espoir. Ces passés ressurgissent le temps d’un instant, planqués dans tout autre chose, la fille perdue dans un petit jeune homme pommé, une angoisse dans un oiseau multicolore agrippé à l’épaule d’une femme…

Dans les nouvelles de Michel Lambert, on scrute le ciel. Il est souvent menaçant, même bleu, comme trop bleu. Il pleut beaucoup, des pluies soudaines et diluviennes, comme des fins de mondes.

« Et à nouveau, il m’a semblé que tout était éblouissant, que tout flamboyait, que Paris, le monde entier, ce jour-là, était un immense diamant pris sous un projecteur d’une intensité redoutable. »

« Cependant qu’il franchissait la frontière et s’enfonçait dans les quartiers renégats, le demi-jour se mit à basculer insensiblement dans une demi-nuit. »

C’est pour ça que j’aime les nouvelles en général et celles de Michel Lambert en particulier : parce qu’une nouvelle, ça rend toute sa puissance à l’instant. Tu sais, parfois, dans ta journée, tu vis une chose qui te bouleverse. Tu croises un vieux pote perdu de vue, ou seulement quelqu’un qui lui ressemble, tu changes de trottoir parce que tu ne trouves pas les bons mots, parce que tu n’es pas sûr de le reconnaître, mais après… c’est toute ton année 1995 qui danse dans ta tête, et ton amour pour le ténébreux Julien et ta première cuite à la tequila-boum-boum et tes larmes à n’en plus finir en écoutant les Mistrals gagnants. Au soir, tu veux raconter ça, mais à ton mec tu dis seulement : tiens, j’ai croisé le sosie de Guillaume cet après-midi sur le Boulevard Pachéco. La nouvelle, elle marche avec toi sur le Boulevard Pachéco, elle se souvient avec toi et elle voit combien la couleur des murs a changé, sur le boulevard, et combien le ciel s’est alourdi, depuis que tu as croisé le sosie de Guillaume.

écoute.

 

 

Michel LambertMichel Lambert, c’est une pointure. Prix Rossel 1988 pour Une vie d’oiseau, d’autres prix pour d’autres livres, jury du Prix Rossel. Il donne des stages à l’AKDT de Libramont, aussi, et c’est là que je l’ai rencontré. Il était comme un prof à l’ancienne, vouvoiement, distance, beaucoup de travail. Il était comme ces profs qui changent une vie, d’un mot d’encouragement glissé à la pause. Tu ne le connais pas ? Quelle chance, tu vas pouvoir le découvrir !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *