Les belges aux yeux gourmands

Et nos libraires ils l’aiment, la littérature belge? Les auteurs belges sont-ils en vitrine, mis à l’honneur sur les tables, recommandés par les libraires? L’enquête commence à deux pas du Parvis de Saint-Gilles, dans une petite librairie de quartier au nom alléchant: « les yeux gourmands ».

Je m’attarde d’abord un peu devant la vitrine. Sous le nom de l’enseigne, une précision comme un sous-titre: « librairie de qualité ». C’est engageant et un rien intimidant. Je suis une lectrice de qualité, moi? C’est vrai qu’en vitrine, c’est bon et varié comme un buffet campagnard: Pier Paolo Pasolini côtoie Kamel Daoud, Fred Vargas contentera les amateurs de polar, et les gamins ne sont pas en reste. Et nos belges, alors? En vitrine je n’en vois qu’un: Thomas Günzig. Allez, je rentre.

A l’intérieur, on se sent un peu comme dans ces fêtes où, y a rien à faire, tout le monde se rassemble toujours dans la cuisine. Au milieu de la pièce, une grande table présente les pièces de choix. Du bon mais toujours pas du belge. Je me dirige vers l’étagère de « littérature » parce que tu sais bien que moi les essais (je les achète et je les range dans ma bibliothèque. Il m’est parfois arrivé d’en lire, qu’est-ce que tu vas t’imaginer?).

Et là, je trouve deux rangées bourrées de belges. Du belge en veux-tu en voilà, en même pas sur les étagères tout en bas ou tout en haut, non juste celles à hauteur de mes yeux gourmands. J’y retrouve mes friandises préférées, les jolis livres des éditions Esperluète, et de beaux plats de résistance avec les ouvrages de Jean-Philippe Toussaint, de Caroline Lamarche…

Et, oh mais qui voilà? Le tout petit glissé entre Biefnot-Danemark et mon copain David Gianonni, c’est Mon lapin à moi et ça fait plaisir de le voir là, avec ses petits camarades.

Après ce premier tour, je me dis que la libraire est sûrement une amie des belges. Pour en avoir le cœur net, je lui pose la question. Eh bien non, pas particulièrement. « Je ne m’y connais pas tellement », elle me dit. Pour elle, c’est la qualité qui compte, pas la belgitude des gens. Mais, je lui dis, quand même vous en avez beaucoup, et pas relégués dans un coin noir au fond du magasin. Et puis là, en face de votre comptoir, vous avez carrément un mur de Booklegs de chez Maëlström. « Ah oui », elle me dit. « C’est vrai ». Et puis quand même elle prend soin de valoriser les auteurs du quartier. « ça fait partie de la mission d’une librairie de quartier ».

Je repars avec le livre de Christine Van Acker sous le bras et les yeux rassasiés. Merci, Madame la libraire de qualité.

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