Archive mensuelles: mars 2016

Top 10 des attaques sur Bruxelles

Depuis les attentats de Paris, le 13 novembre 2015, Bruxelles connait une situation particulière qui ne semble pas révolue. En effet, le gouvernement vient d’annoncer, suite à une décision de l’OCAM (Organe de coordination pour l’analyse de la menace), un maintien du niveau 3 de la menace sur la capitale et d’une augmentation des effectifs militaires.

Ce contexte a suscité de nombreuses réactions dans le monde entier, des plus justifiées au plus insensées. Nous avons collecté pour vous le top 10 des réactions improbables.

Les réactions des politiciens belges

  1. « Je vais faire le ménage à Molenbeek »

Jan Jambon, ministre N-VA de l’Intérieur belge, a tenu ces propos incendiaires sur la commue bruxelloise dès le 14 novembre sur la chaine flamande VTM. Jamal Ikazban, conseiller communal PS, répondra quelques jours plus tard à l’aide d’une lettre ouverte à la déclaration : « Bonjour Monsieur Jan Jambon nous avons bien reçu votre candidature pour un poste de nettoyeur de Molenbeek et nous vous remercions pour cet intérêt soudain ». Jambon reconsidèrera cette citation et proposera au lieu d’un « ménage » le « plan Canal » qui vise à lutter contre l’islamisme et la radicalisation dans 8 communes bruxelloises.

  1. « Parce qu’ils sont fous, parce que je pense qu’il y a une hystérie mortifère démoniaque sur base de radicalisme, d’addiction peut-être aussi d’éléments de substances… »

Voici comment Joëlle Milquet, ministre de l’Éducation de la Communauté Wallonie-Bruxelles, tente d’expliquer à nos enfants la situation de la Belgique dans une interview de Matin Première.

Image écornée de Bruxelles

Suite à la situation tendue, les médias internationaux se sont déchainés sur Bruxelles. Cet acharnement semble avoir écorné durablement l’image de la capitale belge.

  1. « J’ai été à Bruxelles il y a une vingtaine d’années, belle, tout était tellement beau. Maintenant, c’est comme vivre dans un trou à rats. »

Le fameux candidat à la présidence américaine, Donald Trump, a ainsi décrit la capitale belge. Les Bruxellois avaient réagi avec leur humour légendaire via les réseaux sociaux. La moquerie sur Bruxelles se propage jusque sur le continent américain, preuve d’une grande ampleur du mouvement.

  1. Molenbeek est la « bande de Gaza de l’Europe occidentale »

Plus encore que Bruxelles, c’est la commune de Molenbeek qui est dans le viseur. Le leadeur de l’extrême droite néerlandaise Geert Wilders a ainsi établi cette comparaison douteuse entre Gaza et Molenbeek ce jeudi 3 mars.

  1. « Au lieu de bombarder Raqa (le fief de Daech en Syrie, NDLR), la France devrait bombarder Molenbeek d’où sont venus les commandos du vendredi 13. Les frontières entre pays européens ne servent plus à rien depuis Schengen (…) »

Le journaliste français, Éric Zemour, a même réussi à surpasser les propos de Jan Jambon au micro de la radio RTL en proposant cette solution radicale.

  1. « Le choc de l’arrivée à destination risque d’en laisser plus d’un sur le carreau tant la capitale belge est laide et sale, hormis des ilots presque miraculeusement préservés. Si les exilés fiscaux n’ont que ce qu’ils méritent, on peut avoir une pensée pour ceux qui y vivent parce que c’est le siège des institutions européennes »

Par leur article « Bruxelles pas belle » dans la Libération, les Français, par la plume de journaliste Jean Quatremer, taclent non plus seulement la politique belge, mais critiquent même son urbanisation. Même le président Hollande avait blâmé ses voisins en résumant : « Les attentats ont été planifiés en Syrie, organisés en Belgique et perpétrés en France ». Mais le Premier ministre belge Charles Michel a fini par reprocher aux Français de « saper l’image de la Belgique en parlant d’elle comme d’un pays où règne le chaos ».

  1. « La Belgique est une plaque tournante, un vivier du terrorisme islamiste »

Claude Moniquet, codirecteur de l’European strategic Intelligence and Security Center s’était ainsi exprimé en ajoutant toutefois que « ce n’est pas le seul en Europe ».

L’Europe également critiquée !

En effet, l’Union européenne, au même titre que sa capitale Bruxelles, est vivement dénigrée, notamment par Geert Wilders :

  1. Bruxelles « est l’endroit qui abrite un monstre qui s’est lui-même baptisé Union européenne »
  1. « L’Europe soit se disloquera, soit se transformera en l’empire le plus puissant. Quel que soit le cas de figure, beaucoup de sang pourrait être versé »

Dans la continuité du néerlandais Wilders, le journaliste allemand Eckhard Fuhr semble se précipiter dans un discours de terreur.

Mais soyons positifs !

  1. « Si tu veux venir à Molenbeek, t’es le bienvenu. N’écoute pas CNC ou BBC, rien du tout ! Franchement c’est une commune très bien. Il y a plein de gens, ils ont le sourire, ils sont relax. Tranquille, franchement il y a des jolies filles! » « Et il y a des gaufres, tu ne peux dire non aux gaufres! »

Ces témoignages recueillis lors de l’opération CallBrussels montrent que, peu importe les critiques médiatiques, les bruxellois aiment leur ville et s’y sentent bien !

Menace 3 et économie : les 4 conclusions de la BNB

Comme en témoigne notre reportage, les réactions des commerçants sont sans appel dans le centre de Bruxelles : les chiffres d’affaire de la fin d’année 2015 sont catastrophiques. Le « blocus de Bruxelles » et la peur suscitée par la menace terroriste ont rebuté les bruxellois de faire leurs achats en ville. Mais ce ressenti colle-t-il à la réalité des chiffres de la Banque nationale de Belgique ?

  1. L’impact à court terme, et particulièrement les 5 jours de lockdown en novembre, ont provoqué une lourde perte sur les secteurs de l’horeca, des commerces et des transports. L’émission de la VRT « De vrije markt » l’estime à 51,7 millions d’euros par jour à Bruxelles. Par contre, si les magasins ont été désertés, on remarque que les acheteurs se sont tournés vers une alternative : les commandes en ligne.
  2. Selon la Fédérations des Entreprises de Belgique, le niveau 4 de menace a coûté à la Belgique 0,1% de son PIB au dernier trimestre de 2015, soit un impact important de 350 millions d’euros.
  3. Toutefois, le rapport 2015 de la BNB montre des chiffres plus optimistes. Au niveau macroéconomique, la Belgique n’a guère été chamboulé par la menace terroriste. Le PIB a augmenté de 0,1% entre 2015 et 2014 : il est passé de 1,3% à 1,4%.
  4. La BNB tire un bilan positif également pour la zone euro : le PIB a passé de 0,9% à 1,6% malgré une forte baisse du PIB grec, passé de 0,7% à -1,4%.

Ainsi, malgré un ressenti justifié des commerçants bruxellois face à la baisse de leurs chiffres d’affaire, le rapport de la BNB se montre rassurant au niveau national : l’impact sur l’économie belge dans son ensemble est limité.

 

Niveau 3 d’alerte à la rue neuve : les réactions

« Il ne faut pas laisser la peur nous envelopper! », Juan. 

Cinq mois après les attentats de Paris, les militaires courent encore nos rues et les médias continuent d’épiloguer sur les risques que nous encourrons encore dans les capitales européennes tel que Bruxelles. Mais comment réagit la population face à cette situation?

Ce samedi 27 février, nous avons fait le point pour vous. Armé d’un Smartphone, nous avons arpenté la rue Neuve à la recherche de témoignages. Etonnement, nous avons rencontré toutes sortes de personnes et aucune ne nous a avoué ressentir un quelconque sentiment d’insécurité. « Les médias exagèrent, il faut prendre du recul », selon certains. Pour d’autres, « On ne peut pas vivre en se laissant aller à la peur. » 

Anne Sophie, une jeune parisienne, nous a confié ne pas s’être laissée influencée par l’image négative de la Belgique qu’ont les pays étrangers; « On en a évidemment entendu parler en France mais ce n’est pas pour ça qu’on va éviter la Belgique, de toute façon on est à coté de Paris donc c’est la même chose ». 

Pour conclure comme disait François Hollande « {l’important c’est} de ne pas céder à la peur, jamais ! »

N’hésitez pas à découvrir les autres réactions en cliquant sur le lien ci-dessus

L’après-attentat – Bruxelles à la rue

IPhone en main, sac sur le dos, écharpe autour du coup pour braver le froid hivernal. C’est ainsi que nous nous rendons à la Rue Neuve à Bruxelles pour titiller le commerçant. Une question : vous, commerçants, êtes vous en insécurité depuis les attentats ? On nous a claqué la porte au nez, on ne nous a pas prises au sérieux. Mais après avoir fait le tour de la rue et recueilli quelques témoignages, il n’y a pas photo, l’idée générale est que les commerçants ne sont pas en insécurité. Certes les attentats du mois de novembre 2015, c’est du passé. Or cela n’empêche pas les magasins de subir encore et toujours ces événements d’un point de vue économique. En effet, le chiffre d’affaire est catastrophique. Même s’il augmente doucement, la rue Neuve est toujours dans le rouge.

Pour les magasins, en général, le constat est sans appel : « Après les attentats, oui, les chiffres ont baissé bien évidemment, puisqu’on a dû fermer. » (Charlène, manageuse chez Sasha). Certains sont néanmoins satisfaits grâce aux soldes d’hiver et aux fêtes de fin d’année, même si cette petite augmentation apparue au mois de décembre ne sauve pas tout ce qui a été perdu depuis novembre.

Contrairement aux autres commerces, L’UGC de Brouckère a eu l’obligation de fermer plusieurs jours car c’est un lieu qui réunit énormément de monde, il en était de même pour les transports en commun et les écoles. Aujourd’hui, contrairement au reste des commerçants, le cinéma se porte bien. Les Bruxellois ont besoin de se divertir, hé puis qui n’est pas près à braver l’interdit et le danger pour aller voir le nouveau Star Wars ?

Les brasseries et restaurants sont aussi touchés. Moins de clients donc moins d’argent. Les terrasses sont vides et ce n’est pas du qu’au temps… De plus, le mois de février est depuis toujours un mois creux pour le secteur de l’Horeca. Espérons que l’été soit beau pour que les terrasses revivent. N’hésitez pas à sortir de chez vous, les cafés vous réclament. « On a eu beaucoup moins de monde en terrasse déjà pour commencer et après à l’intérieur, après on s’est senti en insécurité, non, parce que nous on a continué à ouvrir tous les jours même quand tout était fermé. » (Donovan, café Cambrigde)

Qui dit Horeca, dit tourisme et enfin hôtels. « L’hôtel était presque vide, et aussi les gens avaient peur, maintenant ça va mieux, mais c’est pas comme avant. On avait des événements qui sont annulés, donc ça c’était beaucoup d’argent qu’on a perdu. » (Julie, Plaza Hotel). Les Américains boycottent Bruxelles, les Chinois et Japonais sont toujours présents, prêts à braver le danger armés leurs appareils photos.

Même si les touristes hésitent, les Bruxellois sortent toujours à Bruxelles, la vie continue pour eux dans la capitale. Par contre, pour les Wallons et habitants des alentours, c’est différent. Ces derniers désertent ainsi les quartiers historiques pour se réfugier en banlieue. « Beaucoup moins de gens viennent en ville, et que, on est ici rue Neuve et non seulement on a le public de Bruxelles, mais vous avez également tous les gens en dehors de Bruxelles qui viennent normalement pour faire leurs courses. Or ceux de Bruxelles continuent à venir maintenant à l’heure d’aujourd’hui mais maintenant tous ceux qui sont de l’extérieur évitent beaucoup plus. » (Charlène, Sasha)

L’atout charme, les militaires. Ah les militaires. En plus de nous émoustiller, ils sont là aussi pour nous préserver du danger. Ils sont sympas, rassurants et charmants. Il y en a de plus en plus, on ne sait plus où regarder. Par contre, outre le fait de leur agréable présence visuelle, ces hommes coutent chers, ce qui n’est pas du gout de tout le monde. En effet, certains trouvent que leur présence ne sert à rien : « Pour moi ça ne change pas grand chose, pour moi ils sont un peu de trop dans les rues. Moi je pense que si un jour il y aurait un attentat, que [les militaires] soient là ou pas, au bon endroit ou pas, c’est pas ça qui va faire peur [aux terroristes]. » (Hajar, Etam)

La décision de l’OCAM sur la mise en place d’une alerte 4 puis d’une alerte 3 (toujours d’actualité) est une décision justifiée pour les commerçants. Ils estiment que si le gouvernement a décidé d’instaurer une telle mesure, c’est qu’il le fallait. Par contre les commerçants sont plus attentifs, observent davantage leurs clients : « C’est sûr que, on fait fort attention, on regarde plus tout ce qui se passe, tous les gens qui rentrent, etcetera. On ne va s’arrêter de vivre, sinon c’est les faire gagner. » (Charlène, Sasha)

Après l’avis des commerçants, voici le ressenti des passants dans la Rue Neuve :